Ecole de danse de Caudry

Salah



Pour plus d'information, vous pouvez aller sur la page perso de Salah à l'adresse suivante : www.myspace.com/spidersalah

Biographie


    Il a  27 ans et danse depuis l'âge de 16 ans. Sa catégorie de danse est la Street dance. Il se défini comme étant un artiste chorégraphe dont les spécialités sont le Popping, la Wave Effect, le Locking et un break à sa façon. Il est de Créteil en région parisienne. Il a fait parti des vagabonds, a été le gagnant d'incroyable talent sur M6, et a récemment emporté le juste debout  2008.

Interview


Comment as-tu rencontré la danse ?

    A l'époque, je faisais du roller à la Main Jaune. J'étais étudiant en taille de pierre. Au Trocadéro j'ai rencontré des danseurs pendant que je faisais mes slaloms, juste à côté du palais Chaillot. J'ai été tout de suite fasciné. Le 1er groupe de danseurs qui m'a interpellé s'appelait les O'Posse. A l'époque j'avais 15, 16 ans.

Pensais-tu à l'époque que la danse allait devenir ton métier ?

    Pas du tout. Pour moi, les priorités de l'époque étaient plutôt : foot, roller et école. Ceci dit en regardant les danseurs j'étais fasciné par leurs mouvements. Il y avait Walid, David Mata, Barry et Ange. La 1ère idée que j'ai eue en les regardant, je l'avoue : avec la danse tu dois grave draguer des filles. C'est de là que tout est parti.

Comment les personnes du milieu Hip Hop t'ont accueilli ?

    En me rapprochant d'eux, je leur demandais ce qu'ils faisaient. Ils m'ont montré quelques mouvements. La 1ère personne qui est venue me voir c'est Barry. Au début il y avait un mélange de méfiance et de volonté d'accompagnement car ils savaient que je débutais la danse pour des raisons obscures… pour impressionner les filles. (Rires).
Quelques années plus tard, dès qu'ils se sont aperçus de ma réelle motivation pour continuer ça s'est beaucoup mieux passé. Ils m'ont alors vraiment porté au sens propre du terme.

Ensuite à Châtelet, il m'a fallu du temps pour tout intégrer en 1996. Il y a beaucoup de règles à respecter dans le milieu. J'ai appris des notions comme « pomper », « copier », « reprendre un mouvement », etc... On n'avait pas le droit de reprendre un mouvement qui a été travaillé par un danseur. Les Aktuels, les Fantastik Breakeurs, les Extremes crew par exemple venaient directement voir la personne pour lui dire qu'elle n'avait pas le droit de reprendre tel ou tel mouvement de danse.
De ce fait je n'étais pas encore dans la danse mais plus dans le mime. Je développais plus mon côté théâtral. Au début les anciens m'ont mis à côté. Il y avait d'un côté une volonté d'enseigner mais à la fois une volonté de ne pas aller trop vite dans cet enseignement. Il ne fallait pas tout prendre, trop vite. Puis les années passent et les choses ont beaucoup évolué.

Continues-tu à pratiquer tous les styles de danse dont tu nous as parlé ?

    Aujourd'hui je compte à mon actif 10 ans de danse. Je break moins mais tout est en moi. Le break fait parti de ma personnalité. Je danse plus debout que je ne break. C'est une question de souffle et d'énergie. Un passage de break est plus court mais demande beaucoup d'énergie alors que la même énergie te fait danser pendant 2 à 3 minutes en danse debout.
Aujourd'hui je pratique le P.A.B.E style, cela veut dire Popping Animation Boogaloo Effect et le Locking animation viendra s'y ajouter.
C'est un style que j'ai développé et que je continue de développer, ma griffe en quelque sorte.

Concernant l'univers des battles, quels battles t'ont marqué davantage que d'autres ?

    J'ai commencé en 96 quand on a remplacé le groupe Ykanji au Battle of The Year. En fait, on a fait plus une démo. On n'a pas été qualifié d'ailleurs.
En 98 j'ai intégré Family et pour moi ce fut une révélation. J'étais super excité. Ce fut un moment inoubliable. Pendant les battles, j'ai ressenti des feelings très forts comme l'agressivité et l'arrogance. Notre inexpérience de l'époque, nous a fait oublié d'être plus stratège et surtout plus dans la musique. Face aux américains on a eu une finale rêvée. Aujourd'hui avec le recul je ne suis pas fier de mon attitude de cette époque, ni de celle des américains car on était tous arrogants. Il manquait l'esprit d'échange et le fair play. Ils sont arrivés en vainqueurs sur scène.
Puis pour les battles qui ont suivi en 99, 2000 et 2001, l'esprit du battle de 98 a continué de me suivre. J'avais l'envie de gagner à chaque rencontre, un fort mélange de spontanéité et d'arrogance.
Aujourd'hui je regrette d'avoir été trop perso car j'avais tellement envie de gagner que j'en ai oublié le reste de l'équipe.

Puis il y a eu les Vagabonds, une grande famille. Il y a eu des hauts et des bas certes mais qu'est-ce que j'ai eu de bons moments… Je me suis découvert à la fois en danse et sur le plan personnel. On était une vraie famille. On a fait aussi beaucoup de sacrifices car on était à fond dans notre groupe. On a participé à beaucoup de battles avec les Vagabonds.
Puis des jeunes danseurs sont arrivés et certains me ressemblent donc j'ai dû me recentrer et me poser pour mieux me positionner.
Il fallait que j'apprenne à être plus stratège en plus d'être technique. Mohamed, le leader des Vagabonds, nous a appris cette philosophie et c'est pour ça qu'on a gagné des battles. (BOTY, UK Championship) Il avait aussi formé le groupe O'Posse.
On arrivait souvent en 2ème position. On s'est demandé pourquoi ? En fait notre plus grande faiblesse c'est que l'on ne s'est jamais vraiment reposé entre les battles. On faisait les choses au feeling sans se ménager.
Après les Vagabonds, je suis parti, dans une volonté de travailler en solo.

Quels évènements t'ont le plus marqué dans ton parcours ?

Les moments forts de ma carrière de danseur, certainement le BOTY en 98 avec Family, en 2002 le BOTY avec les Vagabonds, puis en duo au Juste Debout en 2004 avec Damon.
D'ailleurs ce fut la révélation. Je ne pensais pas connaître ce mixage possible entre la musique et mes mouvements. La musique est arrivée et j'ai spontanément sorti des mouvements. Avec mon partenaire, Damon, on s'est rencontré la veille. On s'est dit : « allez on y participe ». Franchement il m'a mis en confiance et on n'a rien préparé donc je n'avais aucune pression. J'étais vrai.
J'aime donner, je pense être quelqu'un de généreux et c'est pour cette raison que j'aime les réactions du public. Avant de penser aux jurys, je pense au public. Ils sont venus voir du spectacle pas seulement de la technique. Mon objectif c'est de les faire kiffer.
En 98, en 2002, en 2004, bref le public était présent pour moi et là c'est la plus belle récompense. Je garde ces beaux moments en moi en mémoire car si on y pense bien les trophées finissent par rouiller, l'argent par disparaître. Ce qu'il nous reste c'est la mémoire car la mémoire vit.
Ouah je suis trop fort, un vrai poète, notez cette phrase ! (il s'éclate de rire).

J'ajoute à ces bons souvenirs l'un de mes meilleurs battles, où j'ai oublié mon personnage. Il y avait tous les Electrics Boogaloos. Là je me suis mis en danger car je n'ai dansé que le Boogaloo. Les américains m'ont dit que j'avais vraiment dansé.

Tu ne parles pas de ton prix au Hip Hop Dance Awards ?

    J'ai été très surpris de cette récompense. En France, quand on organise un tel évènement, on bâcle trop vite les choses. En fait ce qui était dommage, je trouve pour cet évènement c'est malgré les moyens mis en place, à savoir la salle, les caméras, la scène etc… Il manquait l'essentiel. Les noms qui devaient être là n'y étaient pas et puis le mode de vote était douteux. Bref il manquait de rigueur et c'est dommage. Moi qui ai rêvé de ce type d'évènement par rapport aux vécus de tous ceux qu'ils ont participé à la construction de la danse Hip Hop.

Il faut un cérémonial différent. Tu dois amener quelque chose de différent, une griffe différente. Il aurait fallu sans doute demander aux danseurs de venir en costards. Bref créer notre « Festival de Cannes ». Il faut faire rêver les gens et les danseurs en particulier. Bon je ne veux pas passer pour le mec qui critique pour critiquer car je ne suis pas là pour ça.
J'aimerai vraiment voir un évènement digne du festival de Cannes. Il faut prendre sans doute plus de temps pour préparer les choses. J'ai failli ne pas venir. Il y avait des danseurs incontournables qui n'ont même pas été prévenus ! Ceci dit j'en ai parlé aux organisateurs qui m'ont dit prendre en note et essayer d'améliorer pour les prochaines éditions.
Quand j'ai reçu le prix, j'avoue avoir ressenti un pincement au cœur car j'ai pensé à mon parcours et à ma grand-mère. Elle m'a toujours encouragé dans cette voie aux dépens de mon père qui préférait me voir dans un « vrai » métier pour me protéger.
Un jour quand cette cérémonie sera au niveau du Festival de Cannes (rire), je prendrais le micro pour lui dire merci.
Je voudrais aussi dire que le milieu de danse Hip Hop français a beaucoup amené dans l'univers de la danse Hip Hop dans le monde !

Et concernant le Juste Debout 2006

    Tout est parti de l'année dernière. En 2004, j'ai gagné avec Damon. En 2005, je ne voulais pas participer de nouveau mais Damon était super chaud pour y aller. Il y avait beaucoup de têtes de séries étrangères qui y seraient. Comme j'aime me remettre en question et les challenges, j'ai dit oui. En 2005, même aujourd'hui en regardant les vidéos, je suis sûr qu'on s'est fait boycotté. J'estime que les juges n'ont pas été impartiaux. Quand le public a hué pour moi on avait gagné. Ceci dit je ne voulais pas que l'évènement Juste Debout vive ce type de choses donc j'ai pris le micro pour demander au public de respecter la décision du jury.
Donc en 2006, je voulais le refaire avec Damon mais il était juge donc en réfléchissant j'ai pensé à Mike.

J'ai dit à Mike que si j'y allais cette année c'est pour donner un spectacle et revenir avec le trophée. Donc on a taffé sérieusement.
Et là, j'ai appris que dans la vie qu'il ne fallait pas tout donné sinon ça pouvais te retomber dans la gueule. (sourires) Je me suis retrouvé face à un jeune de la nouvelle génération Crew Vagabonds : Djidawi et Pépito. Pépito me connaissait, il a pris un stage avec moi. Il est bon, est aussi arrogant que moi donc dangereux. (sourires) J'ai été franchement déstabilisé quand il m'a charrié avec mes propres mouvements. J'avais de la réserve mais là il a touché un point sensible. Il s'est expliqué par la suite en disant qu'il n'avait pas eu le choix.

Peux-tu revenir sur chacune des tes rencontres au Juste Debout 2006 ?

D'abord contre Popula et J-Rock, ceux contre qui on pensait tomber en final…
En entendant nos noms respectifs, je me suis dit « merde va falloir y aller ». Par contre j'ai vu dans leurs yeux qu'ils n'étaient pas très à l'aise dans ce type de gros évènement.
Il fallait savoir exploiter tous les coins de la scène car le public est situé tout autour de la scène. On avait travaillé des mouvements circulaires pour que le public puisse tout voir avec Mike. Aux Etats-Unis ils étaient plus à l'aise car la salle était plus petite. Là ils étaient un peu déstabilisés. Notre stratégie était de les déconcentrés non pas en étant arrogant mais avec la technique. Là on savait qu'on avait gagné.

La deuxième rencontre, contre Junior Boogaloo et J. Smooth. On s'est dit on est dans la merde. Les gars se connaissent par cœur et ce sont les meilleurs. J'ai dit à Mike là on est en final donc on lâche tout. Quand le battle a commencé, j'ai beaucoup apprécié l'échange mais je n'avais pas encore le Mike que j'ai vu à l'entraînement. Mike a sorti du bon mais aux répétitions il a sorti des passages dont même moi, je ne savais ce que j'aurais fait si je l'avais eu en face de moi en battle. Il a un potentiel de malade.

Puis face à Djidawi et Pépito, c'était chaud. Pepito alors lui, a réussi à me faire sortir de mes gonds. Je me suis senti trahi comme si j'avais reçu une droite par un ami. Il a sorti ma gestuelle en me charriant et j'avoue que j'ai été déstabilisé. Du coup il a été plus concentré sur le charriage que sur sa danse, alors que Djidawi était plus peace. Je pense que cela l'a desservi. Mike était électrique.
On a essayé de se recentrer et on sorti notre choré pour reprendre le dessus. Par contre au moment où Pépito m'a charrié sur le coup du mouchoir, je me suis senti insulté. Il a mis un coup de canif sur mon œuvre. Aujourd'hui je prends davantage de recul par rapport à ce qui s'est passé. J'en prendrais davantage lorsque je verrais la vidéo car je n'ai pas encore vu d'images et je serais certainement déçu de ma réaction. Oui car j'ai 10 ans de danse derrière moi et des tas d'expériences de battles et j'aurai dû mieux gérer.

Je me senti seul face à Pepito et j'aurai dû prendre direct du recul mais c'était trop difficile car c'était la première fois que je vivais une telle situation. Je voulais un autre passage car j'étais hors de moi.


Que peux-tu dire de ta facilité à suivre la musique dans tes passages ?

    Je suis spontané donc je ne décortique pas la musique. J'entends et j'exprime. Parfois je ne prévois pas mais la chance est avec moi mais la chance se travaille et se provoque.

Comment expliques-tu ton côté comédie lorsque tu danses ?

    Là c'est la rue qui m'a appris ces choses. Quand tu danses dans la rue, il faut capter l'attention des gens. Je dis souvent : « attention mesdames et messieurs, bienvenue dans le monde du spectacle car le spectacle c'est vous. »
En fait je raconte une histoire avec ma danse, j'essaie de les faire entrer dans mon univers. Même si la musique n'est pas géniale, faut quand même que tu l'intègres à ta danse pour cet objectif final : faire entrer les gens dans le spectacle.
Dès que je peux, j'emmène les gens avec moi dans mon délire. La rue est une scène difficile, tu te fais beaucoup de bleus (sourires) mais une fois que tu as connu ça, tu avances plus vite et n'importes où.

Contre qui tu aimerais tomber en battle et avec qui tu aimerais danser ?

    J'adorais danser avec Walid, Aki, Flat Top, Popping Pete, Bogaloo Sam, plein de danseurs formidables.
Je voudrais tomber contre Mr. Wiggles mais j'avoue c'est de la folie car c'est une bible vivante de la danse.
J'aimerais faire un show avec Suga Pop. Il a une sacré pédagogie.
En défi j'aimerais contre Legend, Aki, Flat Top, Elsewhere… des battles de rêve pour moi. Pour certains je ne suis pas encore prêt, j'ai encore du travail mais pourquoi pas dans un proche avenir. Faut continuer de s'entraîner.

Dédicaces ?

Dédicaces à ceux qui m'ont charié car sans vous je ne me serais pas entraîner autant. Merci à ma famille qui me soutienne. Merci aux danseurs français et étrangers qui m'ont apporté chacun à leur manière. Je n'ai pas besoin de citer de nom car ils vont se reconnaître. Merci aux anciens pour l'éducation de la danse qu'ils m'ont apporté.
Paix à son âme à Sketter Rabbit car on a perdu quelqu'un d'énorme. Merci à cette culture qui n'a pas de limite.


Interview réalisée le 20/08/2006 par Polo, Valentine & Lisa



Article ajouté le 2008-03-15 , consulté 168 fois

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